Je n'arrive plus à foutre les pieds dans une salle de ciné.
Quasi-inexistantes dans les quartiers non encore sinistrés du 20e,
19e, et 11e limite 12e, il est plus facile de retrouver quelques amis au
café. Il n'y a pas si longtemps, en revendant 4 ou 5 livres fauchés
la veille, je pouvais naviguer d'une salle à l'autre, et jusqu'à
la nuit. Aujourd'hui il faudrait compter largement le double (si les prix
ont globalement été multipliés par 13 en 30 ans, le
cinéma a vu ses tarifs multipliés par 53...). Je n'ai plus
tant de livres à revendre, et je ne vais quand même pas balancer
Kerouac et Daumal pour un Lelouch...
Je rate "Pink Narcissus" à la Cinémathèque
- République, et cette fois le prétexte géographique
ne tient plus. Je ne compte plus les fois où j'ai dû rebrousser
chemin, glacé d'effroi par l'atroce cérémonie qui semblait
se dérouler au Trocadéro, siège de l'institution :
hordes de cinéphiles blêmes se rejouant, avec un inquiétant
sérieux et une nostalgie flemmarde, la Nouvelle Vague en pleine ère
Sida/ordure. Depuis 94 et son immersion dans un quartier plus populaire,
la salle de République, jouxtant le Gibus club, ex
haut-lieu du rock français et souterrain, retrouve une programmation,
et un public. Du coup, c'est le Gibus qui fait pâle figure
et se tasse comme un petit vieux à l'instar du rock'n roll. So, the
times they are a changin...