Changement de sous-titre, d'optique-titre, petit changement, mais tout
de même : 101 délaisse les "images indépendantes",
expression absurde mais commode, au bénéfice des "images-écrans".
Parce qu'il s'agirait d'ouvrir nos regards au chaos des écrans contemporains.
Parce qu'une image n'a en soi rien d'indépendant. Parce qu'il s'agit
moins, agenda et rédactionnel confondus, d'une "défense
et illustration" de l'indépendance que du projet, désir,
espoir, de conformer la pensée actuelle des images et de leurs écrans
à la réalité de notre vécu de (perpétuels)
spectateurs.
1. être spectateur ne veut pas dire être passif.
2. environnés comme nous le sommes, sans cesse, d'images et d'écrans
de toutes sortes, il serait bon d'investir ces différents degrés
d'altérité et de ne pas les laisser s'ébattre sans
y apposer nos regards critiques.
Prenons, par exemple et au hasard, l'"art". Au tournant de
ce siècle, quand l'industrialisation (économie-mécanisation)
affirmait son règne, l'art fut remis en question, tant dans ses modalités
de création que d'exposition. Ainsi, aujourd'hui, l'art peut être
peinture, figurative ou abstraite, installation, sculpture, performance...
et avoir lieu en musée, en galerie, en appartement ou encore
dans la rue.
Alors que l'industrialisation a passé la main (c'est le cas de
le dire) à la communication (économie informelle), transferts
de sens et de pouvoirs, il est indispensable que ce que l'on appelle de
façon générique "cinéma" connaisse
une telle évolution, et qu'il n'en reste pas au seul stade de son
économie esthétique traditionnelle. Sous peine de continuer
à s'enferrer dans l'art pompier des petits maîtres (ou "auteurs").
De même que la peinture figurative est aujourd'hui l'une des composantes,
non exclusives, de l'art, le cinéma narratif en salle n'apparaît
plus que comme l'un des genres, possibilité parmi d'autres, de la
création contemporaine d'images-écrans.
Le risque est d'autant plus grand de penser que le danger actuel se trouve
du côté de l'expansion du commerce audiovisuel, qui n'a en
définitive que faire de nos plaisirs, et qui, de plus, tend à
ramener le débat sur son seul terrain, strictement économique.
La réponse au devenir des images viendra des remises en question
opérées par ceux qui aiment à penser le cinéma.
D'où l'importance aujourd'hui de la notion de programmation, cultivée
plus que culturelle, développée par Dominique Païni.
Notion qui concerne en premier lieu les exploitants indépendants,
dans la mesure où ils se retrouvent aujourd'hui confrontés
au développement des multiplexes, puissances financières qui
n'ont de cinématographiques que l'opportunité commerciale.
L'"exception culturelle" n'ayant par ailleurs de culturel que
son enjeu économique : les questions de marketing comme de mieux-disant
culturels ne sauraient se confondre avec celles de la création et
de ses libertés artistiques, or le débat s'arrête généralement
là.
De même, l'essor actuel des revues de cinéma témoigne
d'une certaine reprise en main du devenir critique des images par ses spectateurs-amateurs
non désintéressés, d'autant que ces critiques célibataires
(sans contrat de mariage ni devoir conjugal envers leur éditeur ou
image de marque) doivent se battre pour écrire et connaissent, sinon
le prix et le poids du papier, le prix de leur désir d'agir : travail
de jour et écriture de nuit, mépris (compassionnel) et incompétence
de ceux qui n'estiment que ce qui est correspond aux normes établies,
etc.
Ce second n° de 101, à partir de perspectives n'ayant généralement
pas voix au chapitre, tente ainsi de dresser quelques pistes pour un devenir
possible de cet art qui n'en est pas un, ou pas seulement, il n'est qu'à
lire la suite de la réunion, sur le plateau du Cercle de Minuit,
de Straub, Quéau et Virilio pour s'apercevoir de ses multiples tenants
et aboutissants, dépassant largement le seul cadre "cinéphilique",
mais en même temps situé au coeur même des mutations
contemporaines.
Jean-Marc Manach