André S. Labarthes est surtout connu pour sa série de portraits
de cinéastes CINÉMA, DE NOTRE TREMPS. Il a réalisé
un nombre considérable de films, mais pas de fiction. Critique aux
Cahiers il fut un temps, il officie désormais à LimeLight,
revue gratuite (à Strasbourg) consacrée aux écrans
de l'art (cinéma, vidéo, théâtre, danse, musique,
arts, littérature...) placée sous les auspices de Bruno Chibane,
qui vient de publier deux nouveaux livres de cet incontrôlable amant
du cinéma, du sexe féminin et des "pensées sans
domicile fixe", carnet de catéchèse et de tournage d'un
film sur Georges Bataille pour l'un, réflexions non développées,
notes disparates "qui tournent autour de trois ou quatre soleils et
auxquelles je prie le lecteur de laisser le temps et l'espace nécessaires
à leur dilataion dans le blanc", pour l'autre.
Extraits :
Je cite ce qui m'arrange. Ainsi cet aphorisme de Michaux que j'ai eu
l'indélicatesse, m'a-on dit, de mettre en exergue à un faire-part
de naissance : "On n'est pas seul dans sa peau".
Il me semblait que jamais citation n'avait été utilisée
plus à propos.
Apprenons à filmer les corps. L'âme suivra.
A corps perdus, évidemment, 89f.
Je redécouvre LE COUPABLE et y puise une énergie nouvelle
quand je lis : "...donner au flux des images, pour remédier
à la fuite des idées par associations sans fin, l'équivalent
d'un lit de fleuve au moyen de phrases ou de mots obsédants. Ces
procédés semblent parfois inadmissibles. Cependant ceux qui
les récusent tolèrent le plus souvent davantage : ils vivent
aux ordres de mécanismes auxquels ces procédés peuvent
mettre fin." Voilà qui rend dérisoires, me semble-t-il,
les articles du "cahier des charges" auquel est soumise la collection
"Un siècle d'écrivains". Je parle pour moi...
GB se soucie des effets (sur le lecteur) de ce qu'il écrit,
la phrase citée ci-dessus est claire. La littérature (le cinéma)
comme science des effets. Lieu de rencontre de la sincérité
et du calcul...
Je ne peux m'empêcher de penser à l'origine déraisonnable
que j'assigne à l'invention du gros plan. La
tête de Dieu qui tombe, que ressusciteront les rites païens du
Cinéma. Le gros plan, nouvelle icône (la Divine !),
la tête plus grande que nature, qui touche au Sacré...
Quant à la décollation elle-même, à l'acte de
trancher, ce sera le montage (couper, coller) qui en reproduira la sauvagerie.
C'est la guillotine qui invente le gros plan.
Bataille à perte de vue (le carnet), 99f.